Citizen Jazz review by Julien Gros-Burdet


Tony Malaby’s Apparitions – Voladores (CF 165)
Tony Malaby est un infatigable serviteur de la musique. Que ce soit comme invité [1] ou sous son nom [2], il multiplie les apparitions discographiques, toujours avec bonheur, sans parler de ses très nombreuses prestations scéniques, tant aux États-Unis qu’en Europe.

Sorti en fin d’année 2009, Voladores est le second album de son quartet « Apparitions », après l’album éponyme (2003). Voici un groupe à la configuration originale, puisqu’il inclut aux côtés des sax du leader et de la contrebasse de Drew Gress, deux percussionnistes : Tom Rainey et Mike Sarin (Apparitions) puis John Hollenbeck (Voladores). L’apport de ce dernier, de ses nombreuses percussions (batterie, xylophone, vibraphone, marimba, glockenspiel) et de son mélodica ouvre le champ musical du quartet. Déjà présent sur Warblepeck [3]), Hollenbeck [4] s’avère être le parfait complément du batteur tentaculaire et coloriste qu’est Tom Rainey et de la contrebasse assurée et élégante de Gress.

Apparitions incarne ce que peut-être un parfait équilibre à l’intérieur d’un quartet. Ainsi entouré, Tony Malaby nous offre un nouveau chef-d’œuvre : sa sonorité majestueuse, exceptionnelle de profondeur, son lyrisme déchirant et son étonnante faculté de construire ses solos dans l’instant comme de véritables compositions – « Instant Composer » est une expression inventée pour lui – illuminent la musique de Voladores. « Homogeneous Emotion », un inédit d’Ornette Coleman, semble avoir été composé par/pour lui tant il se l’approprie magnifiquement. Sur les autres pièces, toutes signées Malaby sauf trois improvisations collectives, on est frappé par la circulation de la musique, la complémentarité des musiciens et la cohésion de l’ensemble, mais aussi par la cohérence du propos, particulièrement remarquable dans les improvisations et bien sûr les lignes qui se croisent entre le saxophone et soit la contrebasse (« Dreamy Drunk »), soit les percussions, soit encore le mélodica (« Old Smokey », « Sour Diesel »).

Faculté rare, Malaby sait perpétuellement réinventer des motifs rythmiques et mélodiques qui restent longtemps dans notre mémoire. Il semble survoler le trio qui le seconde, et pourtant, il y a longtemps que Drew Gress n’avait pas été aussi bon : son jeu limpide est, ici, la pierre de voûte. Quant au batteur Tom Rainey, partenaire régulier de Malaby et entendu avec les plus grands [5], c’est un véritable mélodiste à la frappe reconnaissable entre mille. Enfin, dernier arrivé mais non moins indispensable, John Hollenbeck nourrit et enrichit de sa quincaillerie percutante ce groupe qui, avec Voladores, nous offre un des sommets de 2009.

[1] On a ainsi pu l’entendre avec Denis Colin sur l’épatant Subject To Change, au sein du quartet de Stéphane Kerecki, qui a signé le magnifique Houria ou encore sur le premier album de John Hébert, Byzantine Monkey.

[2] Deux albums en 2009 : Paloma Recio paru chez New Worlds Records et Voladores publié par Clean Feed.

[3] Songlines – 2008.

[4] Qui a également accueilli Malaby au sein de son Large Ensemble pour A Blessing et Eternal Interlude.

[5] Dave Douglas, Tim Berne, Mark Helias, Fred Hersch ou encore Herb Robertson pour n’en citer que quelques-uns.

http://www.citizenjazz.com/Tony-Malaby-s-Apparitions.html

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