Dragon Jazz – Gorilla Mask – Iron Lung


By Pierre Dulieu

Près de trois années après Bite My Blues, le trio de Gorilla Mask est de retour et les poumons d’acier figurant sur la pochette laissent imaginer que son esthétique punk-jazz n’a rien perdu ni de son urgence ni de sa fureur. Et le fait est que des morceaux comme Hammerhead (un intitulé que n’aurait pas renié un Lemmy Kilmister) ou Thump!, à l’extrême opposé du jazz cool, donnent la chair de poule par leur vertigineuse intensité. Le plus étonnant reste cette incroyable articulation entre les trois compères qui se relancent constamment les uns les autres dans une totale imprévisibilité, créant un véritable léviathan sonore qui se densifie en se nourrissant d’une improvisation collective à haut indice d’octane. Peter Van Huffel serait-il le nouveau “angry man of jazz” ? Oui et non, Car Iron Lung n’est pas une pilule de dopamine et affiche bien d’autres qualités que la seule énergie brute. Ainsi, Crooked est-il doté d’une belle mélodie quasi-onirique se déployant sur un tapis sonique des plus originaux, le bassiste Roland Fidezius et le batteur Rudi Fischerlehner ne constituant certainement pas un tandem des plus conventionnels. Il faut les entendre sur Blood Stain ou sur Before I Die inventer via quelques effets électroniques des rythmiques envoûtantes, faussement minimalistes et dignes de celles d’un groupe de métal, sur lesquelles viendront se poser les improvisations débridées du saxophoniste. Parfois, la dissonance pointe comme sur Steam Roller et tout part en vrille comme s’il fallait impérativement aller derrière l’horizon, chercher un inavouable secret qui n’appartient plus à cet univers. Présenté comme un titre en bonus, Chained referme l’album en synthétisant toutes ses qualités : musique à la fois pulsionnelle et cérébrale, interactions télépathiques, improvisations fluides et habitées, explosions abstraites, vibrations ébouriffantes et concentré d’inédit. Cette musique est ancrée dans l’époque et lui ressemble : elle est constamment en quête d’une spiritualité furtive enfouie sous les bruits et la violence urbaine d’un monde déboussolé. Et c’est ainsi, cher lecteur, que dans un éclair de lucidité m’est apparu le message codé de l’homme au masque de gorille.

http://www.dragonjazz.com/

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