Sun Ship | João Camões, JL Cappozzo & JM Foussat – Autres Paysages


By Franpi

Imaginons un instant des yeux qui s’ouvrent sur une grand baie vitrée et une lumière crue. On ne reconnaît pas l’endroit, mais la literie est bonne. L’esprit embrumé ne se pose pas tout de suite la question, tente d’émerger, s’interroge d’abord sur l’opportunité de ne pas sombrer de nouveau et reporter l’exercice de réincarnation tout de suite. Mais malgré tout, nous sommes ainsi fait, il tente de recoller les morceaux ; et tant pis si c’est impossible ou au mieux teinté des rêves passé et peut-être même à venir. Que savons nous de ces choses là ?
C’est exactement dans cette fraction de seconde que se situe la rencontre du violoniste alto João Camões, de l’électronicien Jean-Marc Foussat et du trompettiste Jean-Luc Cappozzo. Un instant qui entretient le paradoxe de la proximité dans une éclaboussure temporelle et de l’abysse des possibilité onirique. C’est le sujet de “L’espace qui nous sépare”, intense lutte entre un archet tendu, prêt à tout pour que le corps s’active et les limbes de Foussat entre voix altérée et sons fantomatiques, chant d’oiseau lointain et brume amère dans laquelle la trompette de Cappozzo s’enferre à tatons.
Les deux premiers nous avaient proposé un concerto pour la troisième oreille, les voici qui fomentent un épithalame pour l’épithalamus. Un chant parfois lancinant mais qui permet de vagabonder avec une certaine cohérence, sans qu’un improvisateur prenne le dessus sur l’autre. Si Camões est très présent et donne aux rêve sa température de couleur, du plus sombre au plus cru, il y a des passages de relais, notamment lorsque le jeu solaire de Cappozzo vient semer le doute dans cette mécanique du rêve où les morceaux longs peuvent nous emmener très loin, nonobstant la relative discretion de Foussat, qui s’intéresse dans ce disque davantage aux textures qu’à ses habituels mouvements de destabilisation.
Revenons à notre baie vitrée ; finalement l’esprit s’éveille, et il se rend compte que rien n’est familier, mais que pour autant, il ne semble pas y avoir d’hostilité. Confiant, on regarde par la fenêtre. Le décor est luxuriant mais d’un premier abord très monochrome.
Un paysage de neige, comme le montre la pochette de ce disque paru chez Clean Feed ? Peut-être des illusions d’optique créées par le soleil rasant qui fait face et qui nimbe le décor.
En s’habituant, on distingue des détails, des micro-organisations qui donnent à la musique un caractère polyphonique. Un décor bien plus détaillé qu’on le pensait au premier abord : l’unisson de l’alto et des machines, des chien lointains qui aboient troublant une rythmique qui se met en place où même une pièce de monnaie qui roule comme si elle hésitait entre ses deux faces aux prémices de “De tes yeux dans les miens”.
Un jeu de l’amour et du hasard ? Un joli sous-texte de nos musiques. Et un très bel album que ces Autres paysages !

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