Citizen Jazz | Kaja Draksler’s Octet – Out for Stars


By Matthieu Jouan

La pianiste slovène Kaja Draksler conduit cet ensemble étonnant depuis maintenant cinq ans. Un octet composé de musicien.ne.s amstellodamois.es qui combine, sous sa direction et avec ses compositions, une orchestration peu banale et une esthétique à la lisière entre écriture et improvisation, entre classique et jazz, entre profane et sacré.

Ensemble à voix, on entend la pétillante lettone Laura Polence et l’aventureuse islandaise Björk Níelsdóttir former un couple de récitantes qui donnent un relief magistral aux mots de Robert Frost. Ici, la poésie de l’Américain est le fil conducteur du disque.
Kaja Draksler, dans les notes de pochette, explique à quel point les mots choisis pour décrire l’environnement de la Nouvelle-Angleterre résonnent en elle et lui rappellent sa terre natale slovène. Et ce sont quelques poèmes qui décrivent les émotions, les fantasmes et les troubles de la condition humaine, qui sont mis en musique.
Il y a, dans ce disque, une musique universelle, tout à fait similaire aux oratorios baroques. L’élévation du verbe par la musique est un exercice de composition qui demande une grande maturité et beaucoup d’audace. Kaja Draksler, transportée par les deux, livre une œuvre d’une grande beauté. Carlo Gesualdo n’est jamais loin. On pense aux concerts sacrés de Duke Ellington, au The Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus et dans une certaine mesure à Œdipus Rex de Stravinski.

Kaja Draksler présente une œuvre globale faite de sept titres qui s’enchaînent avec cohérence, comme une longue suite aux ambiances diverses mais pas si différentes. Si le grain est important, l’ordonnancement des sons est fait avec une conscience de l’espace qui semble s’étendre au fil du disque, produisant de nombreuses émotions, bien trop pour être absorbables en une journée seule. « The Silken Tent » et son acmé en fugue ou « Away ! » et sa pulsation gospel sont deux antiennes persistantes.

La couleur des formes est assurée par la saxophoniste ténor argentine Ada Rave, le saxophoniste/clarinettiste néerlandais Ab Baars et le violoniste/altiste roumain George Dumitriu tandis que le cadre est tracé par la rythmique du contrebassiste belge Lennart Heyndels, du batteur néerlandais Onno Govaert et, bien entendu, de la pianiste.
Cet ensemble « tour de Babel » répond avec une élégance balistique aux questionnements identitaires et autres tentations de repli sur soi.
Out For Stars est le second disque de l’octet, après Gledalec et il est plus abouti, centré sur les textes de Frost seul, avec une pâte musicale plus fluide et surtout une couleur identifiable. Chaque individualité musicale est mise en avant par la composition et l’orchestration et, comme dans les kaléidoscopes, à chaque rotation un instrument prend le dessus, sans écraser les autres, en modifiant la structure sonore, flottant ou tirant, au gré du mouvement, du vent.
« And only by one’s going slightly taut, in the capriciousness of summer air, is of the slightest bondage made aware. » Robert Frost.

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