Citizen Jazz | Lisbon Freedom Unit – Praise of Our Folly


By Franpi Barriaux

Insérer ce disque sur sa platine [1], c’est soudain comme si notre récent dossier consacré au Portugal s’agitait devant nous avec une joyeuse vigueur désordonnée. Projet mené par le guitariste Luís Lopes, dont l’instrument écorche avec sa sécheresse habituelle le carambolage en cours, le Lisbon Freedom Unit (LFU) est une sorte de manifeste de la liberté absolue et intranquille de cette scène lusitanienne déjà richement dotée : on connaissait notamment le Lisbon Improvisation Players de Rodrigo Amado, que l’on retrouve ici. Le LFU le complète. Il le déborde même, si l’on songe aux choix bruitistes de Luis Lopes et ses amis. Témoin la première partie de ce Praise of Our Folly, où le piano de Rodrigo Pinheiro et les platines de Pedro Lopes rivalisent de créativité avec la guitare. Parfois le silence s’impose, mais il est sur le qui-vive et peut se faire chambouler à tout instant. C’est ce qui oblige à l’écoute profonde et intense.

Comme souvent avec Lopes, c’est la dimension sauvage qui prédomine. Le son s’immisce partout, avec l’inexorabilité d’un lent tsunami chargé de métaux lourds. C’est d’autant plus prégnant ici que les cordes (remarquable travail de Ricardo Jacinto au violoncelle et Hernani Faustino à la contrebasse), l’électronique et les peaux semblent percoler d’un bourdon central, massif et en constante mutation. Ce matériel est constitué des trois soufflants qui se partagent les canaux : à droite, Pedro Sousa souligne et accompagne au ténor les rocailles de la guitare. A gauche, Rodrigo Amado porte le fer, à l’image de « Praise II » en jouant avec le chaos, non sans une certaine délectation. Au centre, Bruno Parrinha tient à la clarinette basse le rôle d’équilibre ou d’inertie, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler le Garden qu’il menait avec Luis Lopes et Ricardo Jacinto.

Il serait simple de dire qu’avec ce premier disque du LFU, nous sommes dans l’univers de son leader. Dans cette fragilité poétique qui s’exprime par la rudesse des sons. Mais plus globalement, c’est bien un témoignage du son de l’avant-garde lisboète dont il s’agit. A l’écoute de « Praise IV », alors que Rodrigo Amado s’élance avec agilité dans un chemin tortueux, c’est tout l’orchestre qui le suit sans se soucier du précipice. Du piano à la contrebasse, la musique est véloce, brute, sans concession aucune. Derrière ce free hâbleur que la guitare agrémente de quelques éclats tranchants, il y a toute l’émulation d’une génération dorée qui a su faire des petits et fructifier. La musique de ce nonet est féconde et des plus relevée. On s’en délecte.

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