Citizen Jazz – Frantz Loriot | Manuel Perovic Notebook Large Ensemble – Urban Furrow


By Franpi Barriaux

S’il s’avère un pivot indispensable au sein de nombreux orchestres, à l’instar du Vision 7 de Pascal Niggenkemper, l’altiste franco-japonais Frantz Loriot n’a pas encore la notoriété que l’on pourrait espérer d’un tel instrumentiste. Son récent solo Reflections of an Introspective Path a permis de montrer combien ce collaborateur régulier du saxophoniste Joachim Badenhorst au cœur du trio Baloni était un orfèvre sans concession de son violon. C’est aussi sur le label Clean Feed qu’il propose un étonnant Urban Furrow avec un Notebook Large Ensemble (NLE), un nonet dirigé en surplus par Manuel Perovic qui cosigne les compositions et se charge des remarquables arrangements. Le Suisse, qu’on a pu également découvrir pour une tâche similaire dans le Jürg Wickihalder Orchestra, emmène dans son sillage une forte délégation helvète, parmi lesquels on découvre l’incroyable saxophoniste et bassoniste Sandra Weiss, remarquable d’équilibre dans « Division » qui s’ouvre dans une algarade de cordes où Loriot croise le fer avec le contrebassiste zurichois Silvan Jeger.

Le NLE est donc international ; s’y croisent une Italienne, Deborah Walker aperçue dans le Klangfarben Ensemble de François Cotinaud et une Japonaise, Yuko Oshima, l’autre moitié de Donkey Monkey. Un orchestre cosmopolite qui correspond bien au désir de Loriot et de Perovic de ne se laisser enfermer par aucune frontière, fût-elle géographique ou stylistique. C’est l’onirique « Blue Almonds » qui l’illustre le mieux, avec ses transformations progressives et ses revirements soudains. Une ligne de soufflants farouches se construit autour du chaos ordonné de la batterie avant d’être lentement remplacé par une psalmodie de Walker, doucement accompagné par les cordes. Urban Furrow est une errance qui baguenaude de surprise en surprise, le nez au vent. La musique pérégrine de l’improvisation libre à des instants presque pop sans jamais s’éloigner d’une musique contemporaine perçue comme une matrice. C’est ainsi que la pâte orchestrale de « Waiting For Miss Weiss », hérissée d’électricité par la guitare de Dave Gisler, est malaxée par l’écriture raffinée de Loriot et Perovic tout en laissant une grande place à l’aléatoire. Une démarche qui fait songer, de loin en loin, au travail d’Harris Eisenstadt, mâtiné de Soundpainting (« Echo »).

Le NLE est né d’un carnet que l’altiste conservait toujours sur lui, où il notait ses impressions durant des promenades ou dans ses multiples voyages de musicien. La transcription de ces notes en musique donne à l’écoute de Urban Furrow une sensation de déambulation permanente dans l’urgence de la ville. Un sentiment renforcé par des sons ponctuant la narration, tel ces murmures de courts de tennis sur « West 4th », dans une ambiance de dimanche après-midi ensoleillé. On est à New-York, mais quelques minutes plus tard, c’est Tokyo qui nous accueille dans la douceur recueillie de « To HR », où le trombone limpide de Silvio Cadotsch vient caresser la voix de Silvan Jeger, qu’on croirait un instant empruntée à John Greaves. Peu importe le lieu, on suit les yeux fermés les foulées de Loriot, dont le carnet de souvenirs fait siens les mots de Nicolas Bouvier : « On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore ». Notre sentiment à l’ultime mesure de cette grande réussite.

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