Jazzman reviews by Alex Dutilh


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CARLOS BARRETTO – Radio Song (CF 072) 

Étincelant.
Sorti confidentiellement sur le label CBTM, cet enregistrement d’il y a cinq ans est à marquer d’une pierre blanche. Moins pour la présence – au plein sens du terme – de Louis Sclavis en trois occasions (dont un duo improvisé à la clarinette-basse avec le leader), que pour le tranchant du trio de Carlos Barretto. La justesse, la qualité de son et la cambrure des compositions de ce dernier en font un musicien de premier plan, l’une des plus excitantes promesses de la scène portugaises. Encore fallait-il qu’il largue les amarres du jazz « à la papa » et là, pas de doute, on est plutôt du côté de Scofield et Rosenwinkel que de Ray Brown… L’allant de Mario Delgado et de son phrasé zigzaguant sur les guitares électrique et acoustique y contribue, certes, mais c’est le batteur, José Salgueiro, qui constitue une véritable révélation : un jeu hachuré dont la finesse de timbres se renouvelle d’un morceau à l’autre toujours soucieux – et c’est le paradoxe – d’un groove puissant. L’alchimie de cette contrebasse, de cette guitare et de ce drumming est un de ces délicieux mystères où l’onirisme des climats s’épanouit à loisir. Un indice : chacun veille à laisser de l’espace. Avec le titre éponyme, Luminae est un sommet de délicatesse nerveuse, splendide de tension retenue. Grand trio.
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ETHAN WINOGRAND – Tangled Tango (CF 074)
Bancal.
Le noyau dur de « Made in Brooklyn », le précédent album du batteur new-yorkais désormais résident du nord de l’Espagne, se retrouve ici : Ross Bonadonna a d’ailleurs signé la direction artistique et Eric Mingus vient faire une visite de courtoisie sur deux plages. Par contre c’est dans la péninsule ibérique que Winogrand a recruté Gorka Benitez et Carlos Barretto. Et Steven Bernstein est davantage là comme iconoclaste transfrontalier (rock, pop, jazz…) que comme new-yorkais, histoire pour l’ex-batteur punk de garder le lien avec ses potes de jeunesse. On entend bien ici des velléités de compositions élaborées « à la Steve Coleman », mais le résultat est par trop inégal pour que l’on ne regrette pas l’absence de coupes : 70 minutes, c’est beaucoup d’autant que l’attention faiblit sur des pièces au son parfois excessivement « chargé », comme le conclusif Wraping Paper. Manque de rigueur.
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