Sun Ship – Benoit Delbecq 3 – Ink


By Franpi

Le trio est le terrain de jeu favori de Benoit Delbecq, l’un des plus remarquables stylistes du son que nous comptons actuellement parmi les musiciens contemporains. Des trios, Delbecq en compte de nombreux. Il y a celui qu’il anime depuis de nombreuses années avec ses comparses le trompettiste Serge Adam et le percussionniste Philippe Foch, les fameux Amants de Juliette dont le récent S’électrolysent est un délice de grooves de guingois et de strates électroniques.
Il y a également ce trio avec Samuel Blaser et Gerry Hemingway, extrêmement contemplatif, qui traçait à grands traits des paysages luxuriants faits de nombreuses matières. On a également des trios insatiables avec Joëlle Léandre, un fabuleux avec le rappeur Carnage The Executionner et un autre avec François Houle ; on trouve même des double trios, avec le pianiste Fred Hersh, qui signe ici les notes de pochettes de Ink.
Ink est le nouvel album de Delbecq 3, qui est sans doute la chimie pure du style delbecquien. Un mélange de rectitude et d’imprévision, comme une balance qui pourrait s’effondrer si un seul grain de sable venait la chavirer mais qui reste droite malgré les remous. C’est avec cette idée de trio que fut enregistré The Sixth Jump, un album référence dans ce style de musique qui a fait de la polyrythmie non pas un but en soi mais une manière d’aller fouiller au plus profond des images et des sensations à fleur de peau.
Avec la disparition du fidèle Jean-Jacques Avenel, on pouvait craindre cette alchimie à jamais éteinte, mais c’est le jeune Miles Perkin qui remplace le contrebassiste dans cet album sorti chez Clean Feed, comme le fut le trio –un autre- avec John Hebert. Mais Avenel est encore présent. « Le ruisseau » lui est dédié, en début d’album.
Un morceau tendre et plein de vigueur, un hommage remarqué. On trouvera dans « INK »une parenté entre les deux contrebassistes, dans ce jeu sec et pourtant extrêmement mélodique où les couleurs sont très présentes, ce qui offre beaucoup d’espace au pianiste qui ne se départit jamais d’un doux flegme parcimonieux.
Si l’encre est à l’honneur sur Ink, elle sert à dessiner des paysages précis et détaillés luxuriants et aux perspectives plus que jamais cavalières (« L’esprythme ») ou au contraire pour donner naissance à des atmosphères plus impressionnistes, où l’encre se fait eau-forte, à la fois estompée et puissante dans un morceau comme « Three Clouds », peu éloigné des atmosphères du Fourth Landscape avec Hemingway.
On assiste, ravis, à une course de trois nuages qui convergent mais évitent l’orage.
Ils n’évitent cependant pas la pluie qui tombe en petites giboulées diaphanes par la main droite preste de Delbecq, dont on reconnaitrait la signature entre mille.
Pour réunir le trio, on redécouvre le batteur Emile Biayenda, qui trouve toute sorte de frappes pour imprimer un constant mouvement à l’ensemble. Sa frappe est sèche, peu métallique, et se confond parfois avec les notes assourdies du piano.
C’est sur le morceau central –ce sont des choses importantes dans l’approche parfois très mathématique du pianiste- que la matière de l’album est la plus sensible. Avec « Colle et Acrylique », Les trois solistes jouent de front dans un morceau où l’on ne sait pas où donner de la tête tant il y a de chemins différents à prendre.
Ink est un disque hypnotique et coloriste au parfum entêtant. On ne s’en lasse pas.

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